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samedi 15 janvier 2011

Les sauterelles

J'ai deux cousines, de vraies calamités. Quand elles débarquent à la maison, c'est 
"tous aux abris!"

Mon père les a surnommées les sauterelles!

 Après leur passage, on compte les bleus, les objets cassés.
 Il faut faire le tour des clés pour voir si elles sont bien encore toutes là. Consoler le chien qui a pris un coup de pied. Espérer le retour du chat qui disparaît sitôt reconnu de bruit du moteur de TontonGeo.
Vérifier si elles n'ont pas jeté le rouleau entier après leur passage chez Jacob...

Pas la peine de se plaindre à leurs parents: leurs filles sont des saintes.
 Nous de vils médisants.

Je n' aime pas bien mes cousines.

En plus elles correspondent à des heures d'ennui, envoyées jouer dehors des après-midi entiers pour ne pas traîner dans les jambes de nos mères et grand-mère qui font de la couture et bavardent dans une espère de langage incompréhensible.

 Elles se racontent leurs histoires d'adultes dans une sorte de Javanais obscur  auquel on n' aura jamais rien compris et elles rient en nous chassant pour qu' on n' écoute pas quand même.

Alors on traîne dans les coursives. On espionne les conversations des voisines. On parle et ricane sous les fenêtres des résidents.

- "Allez jouer plus loin!" 

On mélange les courriers dans les boîtes à lettres. On tripote les boutons de l'ascenceur. On sait qu'on va se faire sortir.

-  "Allez jouer dehors!"

Mes cousines complètement sans gêne critiquent ouvertement les gens qui passent.
J'ai honte. Je rougis.
 Je suis autant inhibée qu' elles peuvent être dévergondées. 
Ces pauvres gens doivent nous détester. Nous, ma grand-mère ou les congés hebdomadaires.

 C'est malin d'envoyer trois petites filles jouer dans la rue et sur les parkings.
Comment s'occuper? 
  
On fait des bêtises...

"Sans faire exprès" notre balle se retrouve dans le jardin d'à côté.
 On ne va pas encore sonner, on va se faire gronder. On passe par dessus des portails.
 Et s'il y avait eu un chien?

On se faufile en même temps que les voitures dans les parkings sous-terrains...

On répond aux questions du gentil monsieur qui promène toutou et qui s'intéresse aux petites filles...

Effrontées mes cousines, mais averties. 
"Non!" Leur papa leur a dit de ne pas suivre les gens qu' on ne connaît pas!
- "Oui mais lui on le connaît, il est gentil? "

Je les trouve dégonflées.

La prochaine fois, quand je serai seule, j' aurai pas peur et personne le saura...

On ne leur a appris aucune politesse, mais leur seule limite c'est la peur de l'homme étranger.
Je ne risquerais pas de quitter la table sans demander la permission, mais on m' envoie jouer dehors toute la journée.

Elles font tout ouvertement, sans tabou, depuis toutes petites.
Je développe un art de la dissimulation, depuis toute petite.

Mes seules limites seront mon père et ma mère. Hautes murailles surmontées de barbelés.


Mes cousines m' apprennent comment tromper joyeusement l' ennui:

- "Si on se faisait des guilis ?"



-  Si on se faisait des guilis ?
- Comment on fait?
- On se fait des guilis sur les bras.
- Des guilis? Des chatouilles? 

Ah, ça j'aime bien. D'accord! 
A tour de rôle on fait des séries de 10 puis 20 puis on négocie le nombre d'aller-retours entre le poignet et le coude.
On remonte les hauts des manches. On ajoute et 10 dans le cou. On compte jusqu' à 10 pendant qu' on joue à l' araignée qui pédale.
 Ça nous fait rire. Même avant qu' on reçoive la première chatouille.

On jouera comme ça en rendant nos séances de plus en plus expertes. Suivant les saisons,
 les petites filles portent les jupes plus courtes, même de tous petits shorts. des hauts à bretelles qui dénudent les épaules. C'est bon sur les épaules.

J' aime bien aussi sur les jambes, les pieds. 
le dos quand on dort ensemble.

Mais à chaque fois y' en a une qui se fâche et qui est prête à nous dénoncer si on ne fait pas tout comme elle en a envie.

-" T'es pas allée jusqu'en haut!"
  - Mais j'en ai marre!

Ah oui? pas moi.

- "On continue!"
 - Moi j' en ai ma-rreu. On joue à cache-cache!

Moi j'en ai jamais marre...

- "Je vais le dire à maman! Vous êtes des vicieuses!"
  - Si tu lui dis ça je lui dis que c'est toi qui a mangé tout le chocolat!
- Et moi je lui dira que c'est toi qu'as pris son maquillage!
  - Et c' est toi qui as cassé son peigne!

La petite Tracy part en chouinant, comme d'habitude. " Maâmannn!!!!!"
Elle rapporte.
On se fait gronder.

On jure nos grands dieux "sur la tête de Nonna" rajoute toujours karen pendant que la plus jeune la traite de menteuse.

J'essaie de mentir de mon mieux. Je garde cet air impassible de petite innocente qui ne comprend même pas ce que la vilaine gamine raconte.

 Ma mère ne peut pas croire un truc pareil.
- " Cesse donc de dire des bêtises! Et arrête de jurer. C'est très vilain. 
     Vous êtes des vilaines!"

Elle sermonne sa soeur sur la mauvaise éducation de ses filles.

On dirait que ma mère, (je me le demande encore aujourd'hui) n' a jamais été fichue de rien ressentir d'agréable sur sa peau...

Les trois cousines grandiront en taille mais pas en sagesse.

karen a presque mon âge et on se voit un peu plus. 
Vers quinze ans par un après midi   d'ennui de plus, on est allongées.
On parle des garçons qui nous plaisent.
 On rêve de les épouser. De porter leurs noms.
Elle me raconte les trucs de ses cousins.  J'ai du mal à la croire.
Ses jeunes tontons qui lui apprennent "plein de choses!" ...

Son papa a de jeunes frères qui reçoivent leurs chéries à la maison. Les plus petits se cachent pour regarder leurs ébats.
Ah Ah famille très nombreuse... et promiscuité!

Karen m' apprend que
  " là,   entre les tétés  et la foufounette"
sans les toucher, on n' a pas le droit, on n' est pas des g..... c' est encore meilleur.

Oh oui c' est bon!
J' adore ce qu' elle me fait.

C 'est un peu comme si j' avais très envie de faire pipi. Ce moment où on devient consciente de son corps parce qu' on s'entraîne à se retenir.

  Et j' ai des frissons. Et en même temps j' ai chaud!
Je ne sais pas comment s'appelle ce que je ressens; mais ça me donne envie qu' elle n'arrête pas et ça marche à tous les coups.
Le tout premier passage, est lent, hésitant, appliqué, timide. 
On ferme les yeux pour ne pas être déconcentrée et tout mieux ressentir.

Elle descend de plus en plus bas. Elle s'attarde sur la taille qu' elle parcourt en largeur jusqu'à la limite de ce que nous permet le lit. Mais on n' a pas le droit de trop relever son corps.
 Ce serait abuser du temps de l' autre qui attend à son tour la "chatouille". 
On joue. on ne se caresse pas...
Non. Non. 

Parfois elle part sur les bras. 
  J'adore!
Quand elle remonte elle mord un peu sur l' arrondi des seins avant d'aller jusqu' au cou.
 Je redresse mon menton au maximum. 
Comme un petite chatte.
Ou une vraie chienne!

Elle monte jusqu' aux joues, le visage...
Sa main se fait légère.
Je lui refais tout comme elle.

 Dieu que c' est bon!

Je n' ai jamais eu l' idée de me toucher toute seule. Sûrement une idée de quelque chose de sale. Interdit.

Que pour les garçons?

 Même dans mon bain, qui dure autant que la première eau restera chaude. Mon plaisir, mon grand plaisir c'est de plonger la tête sous l' eau sans bouger pour  sentir les bulles s'échapper sous mon crâne, mes longs cheveux, elle me chatouillent en remontant vers la surface.
 Et je retiens au maximum l' envie de faire pipi qui survient immanquablement.

Et c' est tout! Mais ça, je le fais à tous les coups.

 Je ne sais même pas ce que veut dire "Je m' en branle " ou "Je m' en tape".

Je sais que c' est impoli et que ça fait rire les gens quand ils l' emploient. Leurs yeux se mettent à briller.

Je dois avoir cet air coincé de frustrée qui ne comprend pas.
Ado je fais comme tous les enfants qui emploient des mots qui leur donnent du pouvoir de blesser, mais ne les comprennent pas.

Imprudente et toujours pas plus copine avec ma mère, un jour je lui sors que " je m'en branle",
au sujet de toute autre chose. Forcément inapproprié.

Je reçois à la seconde une fleur à 5 pétales qui claque fort, fait mal et m' étonne beaucoup.

Ma mère entre dans une rage terrible quand je proteste.
- " Qu' est-ce que j' ai dit?! "

Elle me traite de tous les noms blessants dont elle pouvait m' affubler à l' époque.
Je ne m' en souviens pas mais je sais que je les trouvais injustes, et particulièrement cette fois-là  je n' avais pas idée de ce que j'avais dit.

Elle me fait un grave sermon et un terrible procès d'intentions.

 Moi je me trouve injustement insultée. Elle me renvoie, punie. Je la déteste.
 (C'est passé depuis, ne vous inquiétez pas).

Je ne comprends pas ce qu' elle me reproche et je vous certifie aujourd'hui qu' à l' époque je ne savais pas tout le plaisir que j' aurais pu me procurer par moi-même.

Quel dommage! Quelle perte de temps!
Le seul plaisir que je pouvais ressentir me venait de ma cousine; et il ne me venait même pas à l' esprit que je pouvais le refaire toute seule!
Mais à quoi je pensais?

Comment on peut être moi aujourd'hui et si immature physiquement en ces temps où toutes les autres jeunes filles s'épanouissaient?

Je n' aurais jamais l' idée de me faire ça toute seule. D' ailleurs, ça ne marchait pas.
Jusqu' à longtemps après. Insensible?
 Des années ça m' a pris.

Mais ma cousine, ce jour là et depuis, je l' aie aimée, beaucoup, vous pouvez me croire!

   *L*

2 commentaires:

Titia d'or a dit…

Saut' R elles et ... toi !!
Mds....

Ludie a dit…

Entrer dans la ronde...
Sauter, danser, embrasser qui on voudrait...

http://www.youtube.com/watch?v=67hjF9fd_0Q&feature=related

Sois la très bienvenue, Titia d'Ôr!
C'est un honneur de te trouver et te lire ici.